Le Pont des amants de l'amant

06 août 2011

Bann contre Ban

 

Cet article tient plus de l’anecdote que de la littérature, mais il me semble qu’il montre une nouvelle fois la complexité de la personnalité de Bann, ainsi que sa tenacité.

Nous sommes en 1983, Bann sort tout juste des frasques de l’affaire « Norman Piranha ». Bien décidé à laver son « honneur judiciaire souillé comme la dernière des catins tellement déshonorée qu’elle n’a plus d’honneur judiciaire souillé comme la dernière etc » par n’importe quel moyen, il crée une nouvelle fois la surprise générale en annonçant publiquement son intention de poursuivre en justice….Ray-Ban, fabriquant des légendaires lunettes de soleil. Dans un communiqué relayé par « Le P’tit Arcachonnais », Bann ne mâche pas ses mots et accuse Ray-Ban en personne – on lui expliquera plus tard que Ray-Ban n’est pas une personne physique – d’avoir nommé sa marque en référence à l’un de ses personnages sans lui en avoir payé les moindres droits.

Il fait ainsi référence à l’une de ses nouvelles de jeunesse, « Les aventures de Yar-Nab et Ray-Ban », qui aurait été écrite dans la deuxième moitié des années 40. Bann y met en scène deux personnages, ses « alter-mégots » comme il les qualifie lui-même, qui cherchent la caverne des « Vilains Leprechauns Fondamentalistes » pour voler leur or ; les deux personnages que tout oppose sont néanmoins amis, et ils finissent par mettre la main sur l’or des Leprechauns ; cependant, ces derniers leur jettent un sort pour les punir, condamnant l’un à uriner et déféquer de l’or, tandis que l’autre en vomit et en pleure. D’une qualité littéraire objectivement médiocre, ce texte de jeunesse constitue néanmoins pour Bann une preuve indéniable de son bon droit ; il réclame ainsi plusieurs millions de francs à la société Ray-Ban, qui n’a aucune idée de quoi il s’agit, et fait savoir à l’avocat de Yaruch Bann que le nom de « Ray-Ban » vient de l’anglais et signifie « bannir les rayons [de soleil] ». À cette époque, la société fait un come-back dans la culture pop et la mode internationale, aussi Bann n’entend pas baisser les bras et veut absolument obtenir gain de cause ; il fait ainsi savoir qu’il est prêt à aller jusqu’au procès.

Ray-Ban, soucieux de préserver son image et de ne pas attirer l’attention par un scandale, entreprend des négociations avec Bann afin d’éviter la voie judiciaire. Au terme de longues heures en présence des avocats des deux partis, un accord est trouvé : Yaruch Bann se verra offrir une réduction de 50% sur le fameux modèle « Ray-Ban Wayfarer » dans la couleur de son choix.

Interviewé dans la foulée, Bann exprime son soulagement : « Justice a été rendue, je vais pouvoir reprendre le cours de mon existence. Je revis, je renais, c’est un jour très important pour moi et mes proches. [Puis après avoir sorti et enfilé ses lunettes roses neuves :] Et maintenant j’vais pouvoir me la donner grave. »

Posté par Gerald Pessoa à 05:12 - Commentaires [1] - Permalien [#]
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Commentaires

    Article très intéressant.

    Posté par Ray Ban, 07 octobre 2011 à 19:02

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