Le Pont des amants de l'amant

12 mai 2012

Le haïkours - 2

Dans l'article précédent j'ai parlé du haïkours, poème à forme fixe dont chaque vers obéit à une contrainte métrique, sémantique et/ou stylistique différente. Voici un autre poème extrait du recueil Quarante-huit haïkours à lire l'air de rien:

 

 

De l’hôtel fini
J’ai vu le groom mort qui coule
Sur les coins de tout écran
Suis à cran
Avec la violence des veaux
Et les séismes de Kyushu
Pleins de renards
A la Patti Smith.
Horloge-eau !
Bouh !
Ne coule plus vilaine atroce !
Ecarte la mission
Sois chrome contre l’heure
Je veux porter ma montre sans faire attention.
Là-bas dans l’hôt-aile on m’attend
Et même on me craint
Trois fois à la fois
On maudit la menthe et puis la mort
La mort cute
Celle où le temps nous ignore.
Ton hypocrisie
A sept fois mangé mon quatre heures
En jouant l’air de rien de preux chevaux-bémols
Mais en fait tout est compliqué mon amour
Ou bien devrais-je dire ma connasse
Si l’on me permet de pinailler.
Comme un tapir au petit jour
Fourmille d’idées marquantes
Je finis tombé
Sous le fer du rien
Ça m’alourdit de chapelets intenses, je glisse dans la marée de toutes choses, je suis envahi de souvenirs de toi
J’ai toujours regretté le fond de ta pensée
Où l’air se mure et tourne en rond
Je suis Nobel excommuniant les maths
Un piteux dinosaure
Un printemps sans aurores.
A l’apéro
Les jours se suivent, grands stalkers
Les nuits s’en vont, oiseaux moqueurs
Elles s’en vont, grands lacs de tweed.
Doucement la pyramide
Grippe les momies
 
Et où vas-tu toi mes mains ?
Mon couteau Bowie
Mon chagrin
Ta maison m’a dit
De toujours voir tes yeux
Dans la fausse monnaie

 

 


Commentaires

    Une découverte ?

    Bien le bonjour, cher Gérald,

    Je me permets de vous contacter après avoir fait une singulière découverte... J'achetai en effet, il y a quelques mois de cela chez l'un de ces marchands de livres "cheap" que l'on a coutume de nommer bouquinistes un ouvrage - je crois me souvenir qu'il s'agissait de "Cent sonnets" de Vian, mais sans garantie de certitude, toutefois - et l'oubliai bien évidemment sur une étagère une fois revenu dans mes chaudes pénates... Je le retrouvai cependant il y a peut-être trois semaines et décidai d'en entamer la lecture. Mais au moment même où je le saisissais, quelques feuillets manuscrits s'en échappèrent... Sur ce blanc papier, nombre de glyphes abscons... en séries de 42 lignes + 6 ; et à la fin de ce que je pris tout d'abord pour un damné charabia, deux petites lettres: "Y. B.". Intrigué, j'entamai des recherches sur le champ, passant de longues journées à tenter de percer ce mystère. Hier enfin - ô joie ! - je découvris votre site et soudain, tout me parut clair, il ne pouvait s'agir que de haïkours ! Fou de bonheur, j'improvisai sur l'heure quelques pas de danse, mais fut soudain pris d'un affreux doute en pleine volte : ces vers furent-il composés par le Never Satisfied Man lui-même, ou s'agit-il seulement d'écrits apocryphes qu'un quidam, admirateur ou détracteur jeta sur le papier ? Légèrement abattu à l'idée qu'une telle chose puisse être vrai, je repris cependant espoir en songeant que justement tout espoir n'était pas perdu ! Enfin, n'étant qu'un modeste dresseur de morses, je m'en remets à vos qualités d'excellent exégète pour faire éclater toute la vérité à propos de ces écrits...
    Ce qui me surprit toutefois, fut la découverte de deux écritures qui quoique proches n'en étaient pas moins différentes : deux auteurs différents, ou bien deux mains différentes, après-tout, serai-ce si irréaliste qu'un homme de l'envergure de M. Bann ait su écrire de la main gauche comme de la droite ?

    Enfin, trêve de palabres, voici deux des textes que je découvris (je n'aurais sans doute pas le temps d'en recopier plus pour le moment, les morses commencent déjà à s'agiter quelque peu, toutes mes excuses pour cela !) :

    Les traversées bleues
    D'un désert qui rit et charme
    Ôtent au lama ton âme.
    Sur la trame
    Du clafoutis des clous clinquants
    Et puis le Loch Ness
    Palpite à freux
    C'est bien Chuck Norris...
    Ô Sablier
    Fou !
    Emporte donc les perceuses
    Et puis du tapioca.
    Chaux, fille de nos songes
    Je sens tes dents pointues sur ma jeune parka
    Abstructiphrodisiaque hâlé.
    L'effroi des marmites
    Qui CRIE, CRIe, CRie, Crie
    Glisse le tréfonds des trémolos
    D'un vieux bled
    Qu'astringe parmi les doigts athées le tamaris, alors que les boisseaux, projections d'ectoplasme, épongent un Temps Nouveau (et aussi le pain de mie) au son de...
    Mireille Mathieu
    Le trente-huit est pantelant
    Sous le rythme endiablé de tes écailles
    C'est platitude des roseraies en fleurs
    Comme dit ce connard qui croit les poubelles.
    Bringuebaler tout en dansant, soûl
    Sur l'onde d'une Portugaise
    C'est bizarre et même... chou !
    Tu ne courrais pas
    Su moins pas de bois
    Dans le train d'étoffe avalant tes rêves et soucis sursautant. J'oublie nos hypocoristiques
    Sur leurs bourgeons
    Il est bien triste le château d'eau tout triste
    Du feu froid où dort la danseuse
    S'immerge d'étain la lune croquante.
    Pauvre François Bayrou
    Ton hiver est soufflé
    Sans les reliques
    Et puis les caïmans d’Éros
    Ne mangent plus dans ma main grosse
    Mais... oh oh, renaît le satin !
    Sciemment, j'entends la moquette
    Ça file la grippe
    Mais ou bien tu es sot
    Ou bien Peter Pan
    Mais sais-tu
    Maison de l'Erèbe
    Que s'endort un phallus
    Quand on oublie le sens ?

    Voilà pour le premier. En revanche, contrairement à ce que je vous annonçais, je ne pourrais poster le second et même les suivants que dans les jours à venir, une de mes otaries venant de provoquer l'une de ses confrères, il me faut vous quitter pour ce soir.

    Bon courage dans votre quête,

    Nibor Rostpov

    Posté par Nibor Rostpov, 01 octobre 2012 à 01:09
  • Cher Nibor,

    Quelle stupéfiante découverte! Bien sûr, le doute s'impose quant à son authenticité (pastiche du précédent propriétaire, ou contrefaçon de votre cru -auquel cas vous seriez un vilain mais talentueux plagiaire-), mais tout de même, quelle profusion de détails troublants! Avez-vous lu ou entendu parler du recueil de Bann "Les Images terminées"? Il regroupe une cinquantaine de poèmes qui sont autant de variations sur des icônes de la culture populaire tels que Robin des Bois, Franck Provost...ou encore Mireille Mathieu, Chuck Norris et François Bayrou! Ces trois derniers noms apparaissant dans le poème ci-dessus, je suis on ne peut plus curieux de lire les autres haïkours que vous avez découverts. Oserais-je vous demander de les scanner afin d'ajouter à mes exégèses une once de graphologie? Je les publierais volontiers sur ce blog, avec votre autorisation.
    Au sujet de la différence d'écritures, deux hypothèses me viennent en tête: tout d'abord, au fil de ses nombreuses supercheries (longuement relatées dans son récit "Supercherie, ma super chérie"), Yaruch Bann avait acquis un certain nombre de ce qu'il appelait ses contre-manies:
    "Au besoin, et particulièrement lors de mes prises de fausse identité les plus risquées, j'étais capable de feindre le strabisme (divergent et convergent), cinq accents chinois différents, de confondre les couleurs et les présidents de la République, de simuler le bec de lièvre ou de mentir sur la taille de mon pénis. Il m'est même arrivé de suggérer à mes interlocuteurs que j'étais friand de noix de cajou, alors que j'en ai horreur." Si notre Homme Jamais Satisfait ne mentionne pas l'ambidextrie, on peut gager sans trop extrapoler qu'il l'ajouta promptement au nombre de ces prodiges.
    Autre possibilité, un accident de moto survenu en juin 1983 avait fait perdre à Bann, temporairement, l'usage de sa main droite. Durant cette convalescence qui dura, il me semble, trois ans, Yaruch Bann avait fait appel à un secrétaire mexicain muet (il avait insisté, durant ses recherches, sur l'importance de ces critères), le regretté Gael Sanchez, pour saisir ses textes. La collaboration entre les hommes ira bien au-delà de cette période, jusqu'à la mort de Sanchez en 1999 (Bann lui dédiera la fable "El Mueto y el Zorro", intégralement rédigée dans un espagnol approximatif). Peut-être êtes vous tombé sur un manuscrit écrit à quatre mains par les deux amis et collaborateurs.

    Dans l'attente de votre réponse et en espérant avoir satisfait vos interrogations,

    Gerald

    P.S.: Je ne résiste pas au plaisir de recopier l'un des poèmes des "Images terminées", intitulé "Où sont tes armes Chuck Norris?"

    "Où sont tes armes Chuck Norris?
    La mienne est morte et internée
    Toi tu combats les Enyries
    Le ciel sur le bout de ton nez

    Les mains vides les mollets nus
    Sans un kriss dans ton pull-over
    Sans un fusil sous tes Renu
    Sans une erreur sous ton mystère

    Je suis sans arme et sans mes proches
    Pour conquérir belle Candice
    Puis-je te cacher dans mes poches?
    Sois donc mes armes Chuck Norris!"

    P.P.S.: Au vu de votre proposition, vous avez probablement lu "Le Morse qui parlait en morse" de Bann. L'ouvrage est certes oubliable, mais hautement plus pertinent que son successeur "L'éléphant de mer qui parlait en verlan".

    Posté par Gerald Pessoa, 13 octobre 2012 à 15:38
  • Erratum

    Pardonnez mon lapsus (je rédige ces lignes entouré de femmes engageantes): il fallait bien sûr lire "profession" et non "proposition", au début du P.P.S.

    Posté par Gerald Pessoa, 13 octobre 2012 à 15:44

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