Le Pont des amants de l'amant

14 octobre 2012

Le haïkours - 3

Voici deux autres haïkours, ceux-là d'un ton différent de ce que j'ai pu poster précédemment. On y voit en effet, et plus particulièrement dans le second, une structure, une ligne de sens, se dessiner plus évidemment. Signe de maturité? Ils se trouvent sur la fin du recueil Quarante-huit haïkours à lire l'air de rien, mais rien n'indique que l'ouvrage montre les poèmes dans leur ordre de composition.

 

 

Planant RER
Je saute de toi et glisse
Au trium virat des gnous
Les lions n’ont pas de genoux
Et me voici au clan des cons
Et Public Image Limited
Trotte souvent
Dedans Yaruch Bann
Et c’est l’heure
Gnou !
Sois lucide et fais du gringue
Aux collines-cylindres
De tek et d’abricot
Qu’enfin jusqu’à noël on verra toujours geindre
La principutassière ailée
Me fait peur de loin
Le clou de mon clou
C’est de marteler les Marilou
En Chrysler
Pour faire le tour de la question et du pâté de maison
Pour la satiété
Et les cent-trente sociétés
Dont la SACEM fait partie malgré tout
Mais l’argent ne fait pas le bonheur des gnous
Et encore moins de ces gnous-putes
A qui je dirais « sortez de là »
Si elles se cachaient dans l’ours
Qui est chez moi pour de bon !
Elles marcheraient
Bien loin de mes quartiers où flottent la fourrure et l’odeur du tabac à éternuer des chats pour les apéritifs
Ces gnous-là ne sauraient soutenir ma colère
Ni contenir mon eau sacrée
En piscine couverte à ciel ouvert
Oh mater Twin Peaks
Quand viennent les hivers
C’est votre croix
A vous les gnous de pacotille
Aux yeux noirs comme les résilles
Et aux veines de taffetas
Vous me plaisez doucement
Chtouilles virginales

Et c’est plein de radical
Que Yaruch Bann aime
Vos destins
En maisons de joie
Où persistent vos courbes
Oui, en maison de joie

(note: on remarque, au début du poème, une faute de métrique: au quatrième vers, qui devrait compter trois pieds, Bann écrit "Les lions n'ont pas de genoux", soit sept pieds.)

***


Savez-vous conduire
Le train, siffler, éternuer
En changeant de voix, mourir
Sans fou rire ?
Et si oui savez-vous sortir
Avec Shirley MacLaine et Pif
Le chien-gadget
Sans parler de moi
Tout le temps ?
Oui ?
Non, soyez francs : savez-vous
Vous regarder les pieds
En pensant à du zinc
Et hurler « garde à vous » dans un champ de papier ?
Savez-vous plastifuriber ?
Craindre les facteurs
Et les gnous ? LES GNOUS ?
Savez-vous pendre les horlogers ?
Assassins !
Si vous êtes si malins savez-vous
Manger le destin ?
Vous préparer huit flans d’un coup ?
Faire de la folk quand le ciel est mou ?
Pisser dans un violon pour jouer du Mozart ?
Savez-vous dire « bordel », « satin », « « chat »
La bouche pleine sans pouffer ? Hein ? Dites !
Et mâcher des furets, aussi ?
Mais vous savez donc tout faire !
Vous savez noyer ?
Roter du cristal ?
Plier Margot, souffler Jeanine, parler de plombs dentaires pendant une heure à Christinette, boire un rossignol ?
Parler d’amour ? Oui, forcément. Crier d’amour ?
Reboulonner d’amour ? Sous l’eau ?
L’air, la glace ? Et sous les brontosaures ?
Cacher l’ère Meiji
Au grand bal du printemps ?
Boucher des Christs ?
Savez-vous bailler les corneilles ?
Savez-vous raser les soleils ?
Critiquer la soie en joggant ?
Ah mais vraiment ! mais vraiment !

Et savez-vous dire Bann ?
C’est ça, Yaruch Bann
C’est très bien
A la maison oui
Depuis le téléphone
Sans payer la facture

 

Par ailleurs, je vous renvoie, toujours sur le même sujet, aux commentaires de l'article précédent: un lecteur chanceux (ou un dindon de la farce, ou un faussaire habile), y relate une découverte qui ne manquera pas de faire rêver les mordus du haïkours (ce n'est pas une façon de parler: l'association Les Mordus du Haïkours, aujourd'hui sans président, ni trésorier, ni membres, puisque Bann tenait chacun de ces rôles, existe encore bel et bien puisqu'il n'en a jamais prononcé la dissolution [il occupait également le poste de Grand Clameur de l'Apocalypse du Haïkours, sans le mot de qui l'association durera éternellement]). Dans l'attente de vous relire, monsieur Rostpov.

 


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