Le Pont des amants de l'amant

14 octobre 2012

Le haïkours - 4

Quelques haïkours encore (tirés bien sûr du fameux Quarante-huit haïkours à lire l'air de rien).

 

Tourisme tribal
J’envie et crois tes Talmuds
Ton poème à mots criés
-Papiers-
Veux-tu violer des orbes mous ?
Prendre Aphrodite entre deux jambes ?
Cochon de soie !
Johnny Cash en fuite
Pour trois mois
Court
Rejoins-le céans mon fils !
Et sois plus prophétique
Je suis d’or et d’Afrique
J’ai pointé mon miracle à l’aune de ces criques
J’ai vidé ma vaticanette
Ah que craint Sarah ?
Nous avions avions
Et trains d’enfer tiède
i Dios mio !
C’est au carrefour paradisiaque que s’égrènent à jamais les moutons virils
Le pain d’habitude
Les mille wagons sidérés
Acid house et open bars, hôpital
Tout ! mais tout se perd ! ah madame il n’y a plus !
Saligauds divers qui progressent peu
Pour parader au jour des jolies
Qu’ils attirent à coup de barbes
Et puis d’envers du décor !
Je marche sévère
Métallisé, fou
J’occupe des maisons plus foutues que vos billes, j’apprends des chansons solides, des vers sympas, le roi critique trop
C’est au pré que se trouve le bonheur des gens
Et dans l’air que coule le mien
Œuf de coq ? Pou de chauve ? Je suis mieux !
Mille neuf cent trente-et
-un  -en automne- a tout vu
Alors, Talmud ?
Tu veux des papillons cendrés ?
Des anémones bien cadrées ?
De la flanelle magnifique ?
Ça existe rarement
C’est un cancer d’or
 
Mais vois-moi dans ce grand bal
Tout nu à Stockholm
Des princesses
En maisons se redressent
Et font tomber le monde
Mais dans la contrebonde
 
 
 ***
 
La voile enroulée
Réveille et réduit les âmes
Se confard dans le brouillon
Un souillon
Pend sa maîtresse et prend des notes
Et moi je suis au Maryland
En poils de chats
A filer Carlos
En chapeau
Mou
Ne te tourne pas si vite !
Je file et la pluie moite
Endigue mes erreurs
J’ai trois cents inconsciences planquées dans la boîte
Je surcomprends les hâttitudes
Je crains la grand-plage
Et j’ai faim j’ai faim
D’ardoise et de passion pour la rime
Tsingtao
De petit déjeuner livide et plein de bombes
Les généreux ploucs
Planqués trop fiers dans neuf abîmes
Sont trop post-punk pour mes identités
Un soir les idéaux s’en vont pour de vrai
Et l’on crie « ah putain ! c’était pas mal ! »
Oui, d’en avoir, c’était d’or, l’idée
Bien au chaud, chue dans un babouin
Zarma ! que vos jours sont chouettes
Ils ne rampent plus
Dans des savons chauds
Tu laves des aïeux qui gobent l’alizé, promets à qui mieux pire la santé des chouettes, et vends du trop-fait
Et tu te sens paumée comme un rhum arrangé
Une vodka de feu poussée
Au centre de Vénus, de l’Univers
Pluton planète dort
L’été en balançoire
Sur un croissant
Symbole de flèche et d’obsèques
La fumée grave des mots secs
Sur un chanvre babylonien
Et joliment l’habitat
De la grippe brûle
 
Ou bien je suis Madison
Et gigue et Boston
C’est un fait
Ma maison vous suit
A l’orbe de ces princes
Qui pilleront vos rêves
 
 
 


Commentaires

    Poursuite des découvertes

    Cher Gérald,

    Je vous prie tout d’abord d’accepter mes plus plates excuses pour le retard coupable avec lequel cette réponse vous parvient, il me fallut en effet m’absenter à l’étranger (pour mes morses, bien sûr), au cours de ces dernières semaines, d’où mon mutisme. Je tiens ensuite à vous faire part de mon atermoiement, suivi de mon albe contrition, pour les quelques coquilles s’étant sournoisement glissées dans mon précédent message. En effet, outre les omissions de « t » ou de « s », il est une inexactitude bien moins bénigne qu’il me faut sur le champ rectifier : au vers 30, il faut bien évidemment lire « Du » et non pas « Su ». Pour cela, je ne peux pas manquer de vous absoudre le plus aimablement du monde, pour votre si léger lapsus – et le ferais d’autant plus volontiers si la faute incombe en fait aux engageantes créatures dont vous partagiez la compagnie.
    Mais je jase, jase, et oublie les règles les plus élémentaires de l’étiquette : je ne saurai en effet jamais ô combien vous remercier pour votre si preste et bien complète réponse. Toutes ces explications sur l’accident de moto et le secrétaire mexicain muet, les contre-manies de Bann, ou encore ces similitudes déconcertantes avec « Les Images terminées » sont très intéressantes et ne manquent pas d’attiser ma curiosité. Je me suis par ailleurs pâmé d’admiration en découvrant les nouveaux haïkours que vous prîtes le temps de recopier ; quelle foisonnante imagination cet auteur n’avait-il pas ! Et quel génie pour l’exprimer aussi !
    Je ne dispose malheureusement pas de scanner, dans ma septentrionale retraite, mais tâcherai néanmoins de vous faire parvenir une copie des papiers pseudo-banniens en ma possession, dès que la possibilité d’une duplication se présentera.
    En ce qui concerne Le Morse qui parlait en Morse, il me faut vous avouer que ce titre cela réveille en moi quelques nébuleux souvenirs que je croyais oubliés. Je me rappelle ainsi quelques fragments d’une œuvre qui est peut-être bien celle-ci, notamment un dialogue assez caractéristique de l’œuvre, qui doit trouver sa place vers la fin de l’histoire. Si mes souvenirs sont exacts, il a lieu entre Margot Tarie, une acrobate cul-de-jatte et nymphomane d’un illustre cirque - dont j’ai cependant oublié le nom - et Iguane Thorpe, un Inuit obséquieux, au nez aquilin et au sens commercial assez développé, se vantant de pouvoir nager « plus vite qu’un lion de mer poursuivi par trois orques en rut » ; la jeune demoiselle ayant sollicité les services de ce dernier dans le but d’acquérir un nouveau pensionnaire (un trapéziste ou un chef télégraphiste, les versions divergent, ce me semble…) pour le prestigieux établissement qu’elle représente. Le précédent mammifère (également employé par le cirque en sa qualité de clown bien qu’il fût tout aussi habile discoureur) s’est en effet mystérieusement volatilisé suite à un accident de cerceau inexpliqué… Le dialogue se passe sur la banquise, quelque part entre les 81ème et 82ème parallèles nord.

    « J’ignore qui de nous deux doit parler le premier…
    - Sûrement vous, sinon vous n’auriez pas assorti vos escarpins avec vos moufles.
    - Je n’ai jamais pu manger de tatous…
    - Mais vous avez les yeux bleus-écarlate.
    - C’est juste… Pensez-vous donc que vous auriez le mammifère dont je vous parlais tout à l’heure ?
    - Oui. Il s’appelle Samuel, de belles défenses, très élégant, un esprit des plus brillants, il a été prompteur dans plusieurs journaux télévisés américains, je vous le vends 5000 livres.
    - Est-ce que cela serait possible de le rencontrer auparavant ?
    - Vous êtes sûre de ne pas vouloir l’acheter avant de le voir ? Il a de belles défenses, très élégant,…
    - Vous vendez la peau du morse avant de l’avoir tué !
    - Trop rarement, hélas, par les temps qui courent …
    - Je vous demande pardon ?
    - Ce n’est plus moral, et puis il y a des associations maintenant… désolé, vous disiez que vous souhaitiez rencontrer Samuel ?
    - J’aimerais autant.
    - Très bien, par contre, il faut que je vous dise… il a un léger accent lorsqu’il parle Français et prononce en fait les « u » « ou » ; je vous préviens dès maintenant, pas d’escroquerie chez moi comme vous pouvez le voir, je vous le fais pour 4000 livres.
    - Allons le rencontrer ; où est-il ?
    - Il doit gambader quelque part, appelez-le, il accourra aussitôt.
    Margot Tarie fait alors mine de se retourner, réussit à accomplir un tour et demi sur ses prothèses, et se rendant compte qu’il n’y a effectivement personne, se met à héler : « Samuel, Samuel ! »
    - Pas comme ça, l’interrompt le créancier l’honnête chaland. Il ouvre alors la bouche et commence à appeler : « ●●● ●‒ ‒‒ ●●‒ ● ●‒●● ? »
    - Oui ? répond un morse de belle taille en surgissant soudainement aux côtés d’Iguane.
    - Hello Samouel, lui répond celui-ci. Voici quelqu’un qui vient acheter ta peau pour la revendre à plus vil prix plus tard.
    - Mais je ne viens pas pour cela, je vous ai dit que notre établissement recrutait de nouveaux artistes !
    Iguane la regarde d’un air légèrement sceptique : « Mais comment comptez-vous faire du profit alors ? C’est absurde… »
    S’ensuivait une longue explication - au cours de laquelle le statut d’artiste avant-gardiste était associé au génie, comparé aux premiers pas de l’albatros, puis à son vol gracieux, et très adroitement défendu - qui s’achèvait avec cette intervention de l’Inuit :
    « C’est bien. Un but louable que le vôtre, même s’il semble voué à l’échec, j’accepte de vous vendre Samouel pour 3700 livres.
    - C’est oune arnaque, prévient le morse, j’en pèse 2800 (deux-mille houit-cent), tout au plous…
    - De ?
    - Eh bien de livres, pardi !
    - Comment ?! s’étouffe Iguane en jetant des regards inquiets de droite à gauche. « J’aurais pourtant juré que tu en faisais au moins 5000 la semaine dernière !
    [Le passage suivant avait été censuré dans les versions qu’il m’avait été donné d’entendre, du fait, je crois, de son atteinte à la moralité et de son caractère « implicitement équivoque » dira Bann - « profondément raciste » lui répondra la critique, en condamnant unanimement toute cette partie de son écrit.]
    Une ellipse plus loin, Samouel et Margot marchaient (quoique ce terme soit légèrement exagéré pour décrire le déplacement pesant et incontestablement pataud (mais « c’est ça l’Art avec le lard », Bann ne disait-il pas lui-même ?) des deux personnages), marchaient donc sur la banquise, après qu’Iguane eut agréé la proposition de la jeune femme d’échanger Samouel contre 1500 livres de graisse et trois passes avec elles (certaines versions stipulent toutefois qu’il y en eut en fait quatre…), tout en devisant joyeusement.
    - C’est donc là que tu as grandi ? demande Margot.
    - Oh non, je souis né à Dallas, je ne souis arrivé ici qu’au mois de Jouillet, tout comme Walter d’ailleurs, fait-il en désignant phoque qui essaie de profiter du maigre soleil pour conserver un teint hâlé, « nous avons fait nos débouts à la télévision ensemble. Romouald en revanche est natif d’ici, reprend Samouel en montrant un tapir qui les regarde avec flegme.
    - Tu connais donc tout le monde ici ! s’étonne Margot.
    - Ploutôt, oui, mais tou sais, oune fois que tou à vécou oune journée ici, tou a vou tout le monde, c’est à peine plous grand qu’Honoloulou. Ah voilà Ougo, un Inuit hispano-sino-italo-américo-rousso- bolivien, même si ses grands-parents ont longtemps vécou en Pologne ; c’est un crouciverbiste confirmé, mais également un sédoucteur invétéré, vous devriez bien vous entendre !
    - En effet, répond Margot avec un coquet petit signe de la main. Et lui qu’est-ce qu’il fait ? demande la jeune femme en désignant un autre morse qui ne cesse pas de rugir tout en gardant consciencieusement les yeux fermés.
    - Oh, loui ? Il braille… »

    Il s’avère par la suite que « Samouel » n’était pas le morse qui parlait en morse


    Comme vous l’avez justement souligné, la qualité littéraire de l’œuvre est certes oubliable, mais que d’intéressants recoupements avec certains extraits des autres œuvres de l’Homme Jamais Satisfait ! Bien sûr, ce que je vous cite n’est que ce dont je crois me souvenir et il est possible qu’en certains lieux l’imagination soit venue – quoique de manière parfaitement inconsciente en ce cas – au secours de la mémoire, mais tout de même quels intéressants parallèles : les livres de graisse utilisées par l’étonnante demoiselle pour acheter le morse ne manquent pas de nous faire songer à la fameuse « livre de chair » des aventures de Shylock Holmes, la structure-même de ce dialogue me rappelle également parfois certains passages du fameux Théâtre à Ne Pas Jouer de Bann, - en serait-ce quelque forme primitive, ou encore dérivée ? – tandis le caractère assez particulier de certains calembours évoque de manière assez troublante le goût incontestable pour le canular et la supercherie de l’auteur. Y aurait-il enfin, une logique interne à toute l’œuvre bannienne ? Je suis désolé de vous bombarder de toutes ces questions, tout en espérant que vous serez en mesure d’y répondre !

    En espérant vous relire bientôt,

    Nibor Rostpov

    Posté par Nibor Rostpov, 21 novembre 2012 à 00:02
  • Bann et le sémitisme

    Bonjour M. Pessoat,
    Permettez moi d'abord de vous remercier pour les efforts que vous déployez pour porter l'oeuvre de M. Yaruch Bann à la connaissance du plus grand nombre. La toile étant l'endroit idéal pour ce genre de travail de vulgarisation, je ne peux qu'apprécier également que vous ne tombiez pas dans les travers commerciaux que constitue la critique facile ou les titres aguicheurs, choses qu'il serait infiniment tentant de faire en ce qui concerne la personne controversée (le mot est faible) que constitue le grand Bann, Janus de la littérature contemporaine. D'ailleurs, et loin de moi l'idée de vouloir relancer une vieille polémique, je me pose la question avec insistance depuis quelques jours :
    Yaruch Bann était-il antisémite ? Il s'est certes justifié de ses écrits et je n'ignore pas les condamnations qu'il encourut pour ses propos parfois déplacés, mais si les vues de la justice sur des termes tels que « youpingre » sont connues de tous, qu'en est-il des vues de Bann lui-même ? Quelle fut son plaidoyer suite à ces honteuses accusations ? En un mot, s'est-il jamais confié directement sur le sujet ?

    Par ailleurs j'ai beau écumer les rayons bigarrés des librairies parisiennes des quais de Seine et les bibliothèques universitaires remplies d'ouvrages sans relief et sans suspens (qui donne l'impression latente et désagréable que les livres d'exercice isométriques ou du Club des Cinq sont désormais mieux à même que les écrits banniens de former les esprits des générations futures. Pauvre France...), je ne peux constater qu'avec effroi que Les choquantes aventures de Chiantisémite, ce vin italien à la répartie cinglante et délicieuse, sont tout bonnement introuvables !
    Rentré bredouille donc, le désespoir et la résignation poignant en moi, je m'en remets à vous.
    Dans l'espoir d'une réponse positive,

    Bien à vous

    Sébastien Camel,
    footballeur agronome

    Posté par Sébastien Camel, 21 novembre 2012 à 01:13
  • Réponses

    Nibor, votre mémoire m'impressionne; je ne saurais comparer votre recopie avec l’œuvre originale (je n'en dispose pas chez moi et mes souvenirs en sont bien plus nébuleux), mais hormis quelques références impensables chez Bann (comme Edmond Pénélope le rapporte, Yaruch Bann s'emportait chaque fois qu'il entendait les mots Dallas et Honolulu, et se refusait à les mentionner, leur préférant des périphrases parfois dommageables pour la métrique de ses poèmes), il me semble le relire à nouveau. Par ailleurs, le thème de la consommation de tatous me rappelle un élément biographique de Bann très intéressant, et que je vais m'empresser de relater dans un article. Au sujet de la cohérence interne de son œuvre, eh bien, vous admettrez comme moi qu'un maigre commentaire suffirait peu à l'exégèse pantagruélique que suppose un tel questionnement. Mais peut-être qu'un article ultérieur pourrait couvrir un peu le sujet. D'ailleurs, qu'en pensez-vous, vous-même? (pardon de répondre à votre question par une autre question, ou plutôt par la même)

    Sébastien, il s'agit là d'une question épineuse et fort intéressante. Deux éléments me semblent à même de vous éclairer:
    -tout d'abord, à la lumière de plusieurs entretiens et de son œuvre même, la fascination de Bann pour la culture juive proviendrait d'une certaine capacité de celle-ci à fournir des jeux de mots. Hormis le "youpingre" des aventures de Shylock Holmes, on se souviendra du personnage de Rabbi Gadget et de son fameux "Synagogo-gadget-aux-bras", ou encore de l'expression récurrente: "se faire remonter l'Hébreu tel", utilisée l'air de rien par beaucoup de ses personnages. Ces deux exemples parmi d'autres me semblent gratuits et vides de toute charge antisémite; reste à savoir pourquoi le judaïsme en particulier l'inspirait, son art du calembour se manifestant pourtant avec brio sur tous les terrains. Ces proches témoigneront d'une réelle obsession pour ce qu'il appelait le "judaïcalembour", au point que dans des moments d'extase il s'autoproclamait "calembourreur élu du peuple du même nom". Le terme "youpingre" pose plus problème; j'avoue ne pas connaitre les arguments de défense de Bann à ce sujet. De même, le billet "Ces Juifs animistes de droite qui gouvernent la France", qui circulait sur le net il y a quelques années, lui fut longtemps attribué en raison d'un jeu de mots obscène (et indigne de lui, tout comme le reste du texte) avec le terme "rabbi", bien que désormais on penche plutôt pour un éditorial non retenu du magazine "L'Express".
    -ensuite, il existe une rumeur -parfois relayée par certains biographes- affirmant que Bann était juif. Peu s'aventurent à décider s'il l'était par naissance ou par conviction; reste que son interprète japonais raconte qu'en voyage à Tokyo, croisant des adolescentes qui s'écriaient "sugoï!", Bann comprenait "j'suis goy!" et répondait "moi aussi".
    Je m'abstiendrai d'aller plus avant dans le commentaire de ces deux idées, de peur de prolonger un débat qui se ferait au détriment de l'esprit du blog et de ses autres thématiques. J'espère tout de même avoir répondu à votre question; n'hésitez pas à me relancer si ce n'est pas le cas!

    Gerald Pessoa

    Posté par Gerald Pessoa, 11 mai 2013 à 14:27

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