Le Pont des amants de l'amant

24 novembre 2016

La Poésie Ovoïde

Voilà bien longtemps que je n'ai pas ajouté d'article !

Et je me rends compte que le mois prochain cela fera 10 ans (déjà !) que j'ai créé ce blog pour rendre hommage à l'oeuvre du "Never Satisfied Man".

Durant toutes ces années, j'ai  tenté de rendre compte des nombreuses manifestations de la créativité Bannienne.

Mais pour être parfaitement honnête, j'avoue m'être parfois senti seul et limité dans ma démarche :

D'abord parce que les ressources concernant Yaruch Bann sont extrêmement rares et difficiles à trouver. D'autre part en raison du faible nombre d'initiés partageant ma fascination pour l'enfant prodige d'Arcachon, et étant en mesure d'élargir l'horizon de mon savoir en la matière...

Mais je m'égare.

Il y a peu, en déménageant des affaires, j'ai retrouvé de vieilles photocopies d'une lettre relatant une séance de lecture poétique qui avait eue lieu le 21 août 1951 sur la plage Pereire d'Arcachon, face à la magnifique Villa Hyowawa (pour ceux qui s'en souviennent).

Une estrade avait été installée pour l'occasion, et tout le milieu intellectuel et artistique Arcachonnais s'était réuni pour l'occasion, sans parler des badauds et autres baigneurs intrigués.

C'est là que Bann, âgé de 32 ans et quelques, avait de nouveau créé la polémique en dévoilant sa "Poésie Ovoïde". Je reviendrai plus bas sur l'explication derrière cette appellation pour le moins déconcertante, mais d'abord je ne résiste pas au plaisir de vous faire lire l'objet de la discorde, le fameux poème qui fit dégénérer la séance de lecture en pugilat :

 

"Heures, eux qui comme mus, lisses, ah ! Fêtes, hein ! Beauvois, y 'a "je".

Houx Côme, meus ! Cesses-tu ? Il acquit ! Con qui la toise. On !

Haie, puits. Erre, tour née. Plain dût sa "je" ! Et raies sont.

 Vis, veux, rentre. Sais pas. Rend le reste. Deux sont "nage".

 Camp revers, hait "je". Et lace deux monts, peut-y vis l'âge.

 Fume mais lâche ! Oeufs minés. Est "Hank Hell", seize ont !

 Revers est jeu. Luck Low. Deux mâts. Peau veut heureux. Mais z'ont.

 Kim est thune. Peur au vingt, ses beaux coups. Dave en Taj.

 Peu lu meut plaie. Leucé, jour ! Combattit mes ails, eux !

 Queue des pâles, eh ! Rot, mains, l'oeuf rompt aux DDASS, yeux !

 Plût queues ! L'homme-arbre du rhum, oeufs-plaie lard doigts-oeufs. Fît noeud !

 Plumons ! Loue art. Go, l'oie ! Queue leu, 'Ti brêlât teint !

 Plumons ! Peut-y lire, eh ? Queue leu, mon pâle Latin !

 Est plus claire, marre hein ! Là, doux le Sir ! Enjeu vit-noeud."

 

D'après le récit qu'en fit Georges Frank de Cuzey (ou "F2C" comme certains aiment à l'appeler), auteur de la lettre, artiste inventeur du Piano à Dessiner (ou Piadess), anticonformiste autoproclamé et ami de Bann qui était présent ce jour là :

"Là, je peux te dire, tout le monde était sur le cul et on entendait les mouches péter ! Et puis des cris se sont élevés à gauche de l'estrade. C'était un vieux con qui criait au scandale et à l'imposture ! D'un coup, d'autres se lèvent pour protester, et puis d'autres se lèvent pour protester contre ceux qui se sont levés pour protester, et hop ! Les coups se mettent à pleuvoir dans tous les sens ! Mais le plus drôle dans tout ça, c'est ce con de Bann ! Je me tourne vers l'estrade, et je le vois, imperturbable, qui se râcle la gorge et qui poursuit avec son poème suivant :

"Elle dédie ce "Cha Dô"

J'oeufs-suie, le thé né hébreux, l'E veut F, lins qu'ont saulaie.

Lèpre-pince d'A qui t'N ! Allah ! Tout raboli ?!

Masse seule, et toi. Les mortes. Aimons lutte, con ! Stèle est.

Porc Teu Leu, Sceau l'Oeil noua, Rheu de l'âme-élan. Colis."

Et là ( je me fous pas de toi !), il avait à peine prononcé la dernière syllabe qu'un transat lui vole en pleine face ! Je le vois qui s'écroule et je m'apprête à aller lui porter secours quand d'un coup il se redresse sur ses deux pattes, prend de l'élan et saute dans la mêlée en hurlant 'J'oeufs-suie !! J'oeufs-suie !!" tout en faisant des moulinets avec ses bras ! Le con ! J'ai bien failli me faire dans mon froc tellement je riais, moi ! Je me suis dit "Aaaaaaah, que voulez vous ! Il changera jamais !". D'ailleurs c'est pas fini il faut que je te raconte : dans la cohue j'ai vu une jolie pépée toute apeurée, alors je suis allé la tirer de là et je lui ai proposé d'aller faire un tour derrière les dunes en me disant "Aaaaaaaaah que c'est bon !" "

Je pense qu'il n'est pas nécessaire de retranscrire l'intégralité de l'extrait, puisque la suite de la lettre relate avec moult détails et dans un langage peu châtié ce qui appartient à la sphère intime de "F2C" (que je ne remercierai jamais assez d'avoir accepté de partager ce document précieux et personnel avec moi et que je salue bien cordialement si d'aventure il me lit !).

Suite à cette polémique, Bann publia la même année son recueil "Poésie Ovoïde". Je n'ai jamais réussi à mettre la main dessus, mais j'avais retrouvé une partie de la table des matières où figurait notamment son fameux "triptyque ovoïde" "L'oeuf pond mille rabots", "L'oeuf bat tôt, Yves !", "L'oeuf dort. Meurs, Duval !", ainsi que "Mon Ray veut femme, il y est", "Se plie noeud : j'essuie comme l'heure, Oie-daim. Paix, y plus vit oeufs", "La scie-galet la fourre, Mi", ou encore "Deux mains, des lobes".

Vous l'aurez compris, le coeur du débat qui anima les cercles intellectuels Arcachonnais était bien entendu la question du plagiat. On accusa Bann de piller honteusement les plus grands poètes, ce dont il se défendit dans une tribune libre intitulée "Si plage il y a", semi manifeste de la poésie Ovoïde où il écrivit :

"La poésie hésite, la peau est si haie, cite ! La poésie est oeuf, la peau est si étoffe !

Voilà notre dogme, voilà ce que nous croyons ! Nous considérons la poésie comme un oeuf, dont la coquille fragirigide de la forme ne fait qu'emprisonner la moelleuse substance poétique ! Et cet oeuf-ternellement infécondé n'a de cesse de pourrir de l'intérieur depuis des siècles que nous nous complaisons à le laisser religieusement au fond du panier ! 

Nous affirmons qu'il faut en percer la coquille d'un petit trou, en vider le contenu dans les toilettes - c'est moi où ça sent le pet ?! - et puis la remplir d'une nouvelle substance moelleuse, que cette fois nous féconderons ! Alors, nous vivrons un nouvel âge poétique, que nous appellerons Gallinacé !"

 

Bann ne publia pas d'autres recueil de poésie Ovoïde - du moins pas à ma connaissance - et il faut sans doute y voir un élan de jeunesse, mais je suis heureux d'être retombé dessus pour le partager avec vous !

 

 

Posté par Gerald Pessoa à 07:30 - Commentaires [0] - Permalien [#]
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